Enseignement-apprentissage des outils liés aux professions langagières

La revue À tradire a traité dans son numéro 3 de l’intelligence artificielle. Mais la problématique de l’enseignement-apprentissage des outils et ressources que les langagiers utilisent et que, par conséquent, les apprentis langagiers sont susceptibles d’utiliser, ne se limite pas, loin de là, à cet outil en particulier. Or, la palette d’outils logiciels pertinents ou simplement possibles ne cesse d’évoluer et de s’étendre, de même que les ressources numériques.

Les questions qui se posent alors dans le contexte de l’enseignement de ces professions sont nombreuses. Beaucoup ont certes déjà été traitées, par exemple pour la traduction automatique statistique (Doherty et Kenny, 2014 ; Kenny et Doherty, 2014 ; Rossi, 2017), la traduction automatique neuronale (Rossi et al., 2023), ou pour d’autres types de ressources et outils encore (Loock, 2016 : 62-66 ; Picton et al., 2017 ; Josselin-Leray et Rossi, 2022). La « littératie numérique » fait l’objet également de nombreuses études (par ex. Massey et al., 2019 ; Shvets et al., 2022 ; Liu, 2026 ; etc.). Mais les derniers outils en date pourraient escamoter la réflexion sur des outils plus anciens qui restent pourtant pertinents dans les formations, d’où l’approche globale adoptée pour ce numéro. En outre, les outils, en apparaissant, évoluant ou disparaissant, peuvent entraîner des reconfigurations qui n’ont rien d’évident et doivent, dans la mesure du possible, être réfléchies, concertées, de différents points de vue par les équipes pédagogiques. Pensons ainsi aux points de vue

  • économique : la formation peut-elle acquérir tel ou tel outil ou, mieux, en obtenir une licence pédagogique ? Quelles conséquences économiques ce choix peut-il avoir sur les investissements et dépenses à venir des éventuels futurs indépendants que nous formons ?

  • éthique : vaut-il mieux enseigner un seul outil de manière approfondie ou plusieurs ? Lesquels choisit-on ? Ne risquons-nous pas de renforcer des déséquilibres existant déjà sur le marché des outils ? Faudrait-il alors privilégier les logiciels libres en dépit de leur usage minoritaire par les professionnels du secteur, voire de leur rareté ? Est-il acceptable que les licences académiques dont jouissent les étudiants bénéficient indirectement, par les stages, à des entreprises et dans quelle mesure ?

  • écologique : privilégions-nous des outils installés physiquement sur les ordinateurs ou accessibles en ligne ? Pour quelles raisons ? Mesurons-nous les conséquences écologiques de ces choix ? Seront-ils mesurés par les étudiants au moment de faire leurs propres choix d’outils en fonction de leurs besoins réels ?

  • temporel : à quel moment présenter quel outil ? Comment articuler acquisition des compétences essentielles en traduction, interprétation, rédaction technique et outillage ? L’introduction des outils en licence a-t-elle encore un intérêt lorsque les étudiants de master proviennent majoritairement d’autres universités ? Quel temps consacrer dans les formations à ces enseignements ? Quel équilibre faut-il préserver par rapport aux enseignements « fondamentaux » comme la traduction et la rédaction technique elles-mêmes ?

  • didactique : comment gérer l’hétérogénéité des acquis en informatique des promotions étudiantes ? Plusieurs fonctionnements cérébraux ont été distingués et appellent des approches très différentes pour un enseignement des outils informatiques (par ex., exploration autonome par opposition à des guidages pas à pas) : que faire lorsque nous disposons de seulement quelques heures ? Où commence notre devoir d’« éducation » numérique de nos étudiants : peut-on par exemple considérer que la dactylographie aurait dû leur être enseignée avant leur arrivée dans les cursus de traduction ou devrions-nous au contraire l’intégrer (la réintégrer) parce que c’est une compétence indispensable surtout dans ces professions ? Comment gérer l'adaptation nécessaire régulièrement des enseignants et de leurs enseignements à l'évolution rapide des technologies ? Comment évaluer les compétences des étudiants qui utilisent ces outils : doit-on évaluer la maîtrise technique de l'outil, le produit final, ou la capacité des étudiants à les adapter à leurs besoins ? Certains types d’évaluations correspondent-ils davantage à certains types d’outils ? Jusqu’où aller d’ailleurs dans l’initiation à des notions et processus informatiques de « bas niveau » (Barbin et al., 2026 : 301) ? Quels bénéfices en tirent alors les étudiants ?

  • systémique : les outils enseignés dans les formations spécialisent-ils de fait les formations entre elles et les futurs langagiers ? Les choix des équipes pédagogiques correspondent-ils alors aux besoins du marché (mais à quel marché ?) ? Pourrait-on enfin envisager d'autres formes d'enseignements : par exemple, au lieu de centrer les enseignements autour des outils existants, serait-il pertinent de leur apprendre à développer leurs propres outils, plus adaptés à leurs besoins spécifiques, ou, à défaut, à établir précisément leur cahier des charges pour faire un choix parmi les outils existants et les personnaliser en fonction des contraintes de leur projet ?

Les contributions soumises à ce numéro de la revue pourront ainsi proposer des réponses à l’une ou l’autre de ces questions ou à bien d’autres encore, la liste ne prétendant absolument pas à l’exhaustivité.

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Calendrier et modalités de soumission

Les personnes responsables de la coordination du numéro attendent un résumé d’environ 150 mots des propositions d’articles d’ici le 21 mai 2027. Ces propositions seront approuvées en l’état, refusées ou feront l’objet de suggestions de modifications sous quinzaine. L’envoi de résumés restera possible après cette date, mais un dialogue fructueux avec les coordinateurs du numéro ne sera plus garanti et, surtout, le délai de remise de l’article complet ne sera pas repoussé en conséquence.

Les articles complets, originaux, devront être envoyés avant le 15 juin 2027 à l’adresse articles[à]atradire.fr. Les auteurs correspondants devront copier-coller dans leur message la phrase suivante :

Par le présent message, j’atteste que les co-auteurs éventuels de l’article soumis et moi-même, en tant qu’auteur correspondant, avons bien pris connaissance de la charte éthique et déontologique de la revue et y adhérons sans réserve.

Conformément aux règles de la revue, les articles seront préalablement examinés par les coordinatrices du numéro, puis soumis à deux évaluations en double aveugle. Les réponses aux propositions de contributions seront données au plus tard fin octobre 2027.

Les textes devront respecter les règles de présentation et d’anonymisation habituellement appliquées par la revue À tradire (voir les consignes aux auteurs). Ils seront accompagnés d’un résumé de 1 000 caractères maximum et de mots-clés qui, comme le titre de l’article, devront être traduits en anglais et éventuellement dans une ou plusieurs autres langues au choix (voir politique linguistique dans les consignes aux auteurs). Si le français n’est pas la langue de l’article, il faudra tenir compte des consignes supplémentaires et produire un résumé long en français.

Levrlennadur

Barbin Franck, ar Rouz David, Hernández Morin Katell, Efraim Octavia, Quéniart Chantal, « Former pour demain : experts en traduction ou spécialistes en ingénierie des données langagières multilingues ? », dans Katell Hernández Morin & Enrico Monti (dir.), Former aux métiers de la traduction aujourd’hui et demain, Rennes, Presses universitaires de Rennes (PUR), 2026, p. 291-312.

Doherty Stephen et Kenny Dorothy, 2014, « The design and evaluation of a Statistical Machine Translation syllabus for translation students », The Interpreter and Translator Trainer, vol. 8, no 2, p. 295‑315.

Josselin-Leray Amélie et Rossi Caroline, 2022, « Traduction automatique, corpus et dictionnaire : un ménage à trois bien confus ? », 89e Congrès de l’ACFAS : La formation en traduction à l’ère du numérique, mai, Université Laval, Québec, Canada.

Kenny Dorothy et Doherty Stephen, 2014, « Statistical machine translation in the translation curriculum: overcoming obstacles and empowering translators », The Interpreter and Translator Trainer, vol. 8, no 2, p. 276‑294.

Liu Yan, 2026, « Research on the Construction of Digital Literacy Models for University Translation Talents in the Digital Age », Translation and Foreign Language Learning, vol. 2, n° 1, p. 6-13. DOI: 10.26855/tfll.2026.01.002

Loock Rudy, 2016, La traductologie de corpus, Lille, Presses universitaires du Septentrion.

Massey Gary, Kiraly Don et Ehrensberger-Dow Maureen, 2019, « Training translator trainers: An introduction », The Interpreter and Translator Trainer, vol. 13, n° 3, p. 211-215, DOI : 10.1080/1750399X.2019.1647821

Picton Aurélie, Planas Emmanuel et Josselin-Leray Amélie, 2017, « Monitoring the Use of newly Integrated Resources into CAT Tools: A Prototype », dans Gloria Corpas Pastor et Isabel Durán-Muñoz (dir.), Trends in E-Tools and Resources for Translators and Interpreters, Leiden, Brill Rodopi, p. 109-136. (Approaches to translation studies), DOI : 10.1163/9789004351790_007

Rossi Caroline, 2017, « Introducing statistical machine translation in translator training: from uses and perceptions to course design, and back again », Revista Tradumàtica: tecnologies de la traducció, n° 15, p. 48-62, DOI : 10.5565/rev/tradumatica.195.

Rossi Caroline, Ballier Nicolas, Josselin-Leray Amélie, Salmi Sara, Martikainen Hanna, Hernández Morin Katell, Loock Rudy, 2023, « Le projet européen MultiTraiNMT : Un premier retour sur les usages et les besoins au sein des formations universitaires françaises », dans Nicolas Froeliger, Claire Larsonneur et Giuseppe Sofo (dir.), Human Translation and Natural Language Processing: Towards a New Consensus, Venice University Press, Edizioni Ca’ Foscari, Studi e ricerche, vol. 35, p. 95-114.

Shvets Tatiana, Klyushina Alena, Shalifova Olga, Volova Viktoria, Khorokhorina Galina, 2022, « Digital Literacy Skills of Translators: Innovative Methods and Trends in Training », dans Vladimir L. Uskov, Robert J. Howlett, Lakhmi C. Jain, (dir.) Smart Education and e-Learning - Smart Pedagogy. SEEL-22 2022. Smart Innovation, Systems and Technologies, vol. 305, Springer, Singapour. DOI : 10.1007/978-981-19-3112-3_37

Oberourien

David ar Rouz

Pennadoù gant ar memes oberour

Fabienne Moreau

Gwirioù oberour

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